Vous connaissez peut-être des personnes souvent en colère. Pour un détail, elles s’énervent, râlent ou élèvent la voix. Elles semblent en lutte permanente, contre quelqu’un ou contre une situation. Il y a toujours quelque chose qui déclenche leur irritation.

Peut-être vous reconnaissez-vous dans cette description.

La colère dans le corps

La colère est une émotion fondamentale, au même titre que la peur, la tristesse ou la joie. Elle apparaît spontanément face à une situation vécue comme injuste, frustrante ou blessante. Elle ne se réfléchit pas. Elle surgit immédiatement.

Avant même les mots, c’est dans le corps que nait la colère. Une sensation naît et se diffuse. Elle part des pieds ou de l’estomac, traverse le corps, s’installe dans le ventre ou la poitrine. Elle donne envie de parler plus fort, de se défendre, parfois de crier. Dans certaines situations, elle peut même conduire à des comportements violents.

Le corps se met en mode combat, même s’il ne combat pas. D’où une énergie particulière qui se déploie dans le corps. Une force qui pousse à agir.

Cette énergie peut être vécue comme une puissance. Certaines personnes la trouvent stimulante, presque agréable. En colère, elles se sentent plus vivantes, plus fortes. Pour d’autres, cette sensation est difficile à supporter. Elle envahit le corps et donne l’impression de perdre le contrôle.

La colère accueillie ou la colère interdite

Certaines personnes pensent ne jamais être en colère. Elles disent ne pas connaître cette émotion. Pourtant, la colère est une émotion primaire. Elle existe chez tout le monde. Lorsqu’elle ne se manifeste pas clairement, c’est souvent qu’elle a été retenue ou interdite très tôt.

Tout commence dans l’enfance. Le jeune enfant exprime naturellement sa colère lorsqu’il est frustré. Il crie, pleure, tape ou jette des objets. Ces réactions font partie de son développement.

La manière dont les adultes réagissent est alors déterminante. Lorsque la colère est reconnue et accompagnée, l’enfant apprend à l’exprimer sans se mettre en danger. Lorsqu’elle est interdite, punie ou ignorée, l’enfant apprend à la contenir, à la cacher, voire à la couper en lui.

Ainsi l’enfant comprend très vite s’il y a de la place pour sa colère. Il perçoit si l’adulte de référence peut l’accueillir ou non.

Lorsque la colère est systématiquement associée à quelque chose de négatif, l’enfant apprend à ne plus la ressentir consciemment. En devenant adulte, certaines personnes disent alors ne jamais être en colère. Cela ne signifie pas que la colère a disparu. Elle est simplement enfouie. Parfois, cette colère retenue se transforme en irritabilité permanente ou en explosions incontrôlées.

La colère réprimée et ses conséquences

La colère contenue ne disparaît pas. L’énergie qu’elle mobilise cherche une autre voie. Elle peut se transformer en tristesse, en peur, en fatigue ou en repli sur soi. Retenir cette énergie sur le long terme peut avoir des conséquences sur la santé, le corps et l’équilibre émotionnel.

La manière d’accueillir la colère est aussi souvent différente selon le genre. La colère est généralement plus tolérée chez les garçons que chez les filles. Beaucoup de femmes ont appris à la réprimer, à être calmes et conciliantes. Cette retenue peut générer du stress, de la culpabilité et un épuisement intérieur.

Lorsque la colère ne peut pas s’exprimer, elle prend parfois la forme de tristesse ou de perte d’élan.

À l’inverse, lorsque la tristesse n’est pas acceptée, elle peut se transformer en colère. De nombreux adultes paraissent colériques alors qu’ils sont surtout stressés, inquiets ou en souffrance.

Dans tous les cas, la colère et la tristesse sont les deux faces d’une même médaille. Derrière la colère, il y a de la tristesse et vice-versa. Il est important d’en avoir conscience et de démêler les deux émotions pour se sentir mieux.

Ma colère, moi et le thérapeute

Il est alors utile de s’interroger sur sa propre relation à la colère. Comment se manifeste-t-elle ? Quelles situations la déclenchent ? Est-elle une émotion directe ou l’expression d’autre chose ?

La Gestalt-thérapie offre un espace pour explorer ces questions. Elle permet d’observer comment la colère apparaît, ce qu’elle dit de vos besoins et comment elle s’exprime dans vos relations. Dans le dialogue avec le thérapeute, il devient possible de revisiter certaines expériences, de remettre du choix et de l’apaisement là où l’émotion était figée.

La colère est une émotion précieuse. Elle donne l’énergie pour poser des limites, se protéger et réagir face à l’injustice. Le travail thérapeutique ne consiste pas à la supprimer, mais à apprendre à l’écouter et à l’utiliser de manière ajustée.

Accueillir sa colère, c’est se donner la possibilité de transformer sa force en un appui pour soi, plutôt qu’en une source de souffrance.